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Marie-Josée Paquette
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Imaginez, à quelques minutes de Montréal, un territoire aux mille visages. La région des Laurentides étale, avec une ostentation presque insolente, une panoplie de charmes. La région offre, en plus de ses panoramas saisissants, un éventail d'attraits et d'équipements touristiques de qualité et des plus diversifiés constituant une destination touristique par excellence.

Le toponyme "Laurentides", donné par l'historien François Xavier Garneau en 1845, nous rappelle que ces montagnes suivent un cours parallèle au fleuve Saint-Laurent.
 
Les Laurentides s'étendent, du sud au nord, de la rivière des Mille Ïles jusqu'aux zec Petawaga, Le Sueur, Mitchinamécus, Normandie et Mazana, au nord de Mont-Laurier et , de l'ouest à l'est, des limites de la région de l'Outaouais jusqu'à celles de Lanaudière et du Coeur-du-Québec, sur une superficie de près de 22 000 km2.

Le territoire est composé de deux unités morphologiques distinctes: les basses terres du Saint-Laurent et le Bouclier Canadien. Ces spécificités marquent non seulement le paysage, mais permettent une pléiade impressionnante d'activités.

Un faible relief caractérise les basses terres; les importants dépôts argileux laissés lors du retrait de la mer de Champlain, il y a plusieurs millénaires, favorisent une activité agricole en expansion et diversifiée (traditionnelle, aéricole, pomoculture et apiculture).

Les Laurentides reposent également sur la frange méridionale du Bouclier Canadien, le plus vieux massif rocheux du globe, datant de l'ère précambrienne. Ce relief montagneux, aux formes arrondies, est entrecoupé de vallées étroites; la forêt est omniprésente et des milliers de lacs y sont dispersés, pas étonnant que les Laurentides soient devenues un paradis récréo-touristique !

Trois rivières majeures drainent le territoire: la rivière du Lièvre, la rivière Rouge et la rivière du Nord. Ces chemins d'eau qui furent jadis les routes du commerce de la fourrure, puis celles du flottage du bois enchantent aujourd'hui les adeptes du canot, du kayak, de la motomarine et de "rafting".


Présentation de la région
 
La région administrative des Laurentides se situe au sud-ouest du Québec. Elle est d’une superficie de 22 517 kilomètres carrés, soit 1,3 % du territoire québécois. La carte 1 illustre la localisation de cette région au Québec. Elle peut être divisée en trois zones (les basses Laurentides, le coeur des Laurentides et les hautes Laurentides) dont les caractéristiques sur le plan des dimensions environnementale, sociale et économique sont nettement distinctes. Les éléments qui les composent ont été fortement influencés par la géographie des lieux et l’histoire du peuplement de la région. Il est à noter que ces influences
agissent encore aujourd’hui sur la région.

À l’échelle régionale, les plus anciennes traces de l’occupation humaine remontent à plus de 5 000 ans. Elles ont été mises à jour dans le cadre de recherches archéologiques effectuées au début des années 1990 dans les hautes Laurentides2. La découverte de sites archéologiques a permis de mieux documenter cette période.

Lors de la colonisation, qui a débuté dans les basses Laurentides, des nations autochtones, principalement algonquiennes, occupent la région. L’arrivée des Français conduit au développement de pratiques commerciales liées au commerce des fourrures.

La colonisation des basses Laurentides atteint son apogée vers 1840, tandis que la majorité des terres cultivables sont exploitées. S’amorce alors un mouvement de colonisation vers le coeur des Laurentides, suivant l’inspiration du curé Labelle, lequel invitait les colons à faire « de la terre neuve » à même les forêts. Le sol est cependant de mauvaise qualité et la colonisation s’essouffle rapidement. Au tournant du siècle, les clubs privés de chasse et de pêche se multiplient et se voient octroyer des baux pour la pratique de leurs activités sur de grandes parties du territoire public. Au cours de cette même période, le projet de train du curé Labelle se concrétise. Son avènement entraîne un important développement régional axé davantage sur le plein air que sur l’agriculture. Les premiers trains de neige transportent des milliers de skieurs dans la région dès 19273. C’est le début de l’hôtellerie de luxe (1930-1940) propulsée et soutenue par des investissements étrangers. Les années subséquentes (1950 à 1970) sont celles de la villégiature qui connaît un essor fulgurant avec l’amélioration du réseau routier et l’augmentation du nombre de voitures. La compétition entre les centres de ski, la fermeture de plusieurs d’entre eux et l’abandon du P’tit train du Nord marquent les années 1980 et 1990. Alors que le tourisme semble péricliter, les activités récréatives augmentent pour desservir l’agglomération métropolitaine. Il faudra attendre la conversion du chemin de fer en parc linéaire cyclable et la renaissance de la Station Mont-Tremblant pour qu’un nouveau souffle soit donné au tourisme dans la région.
 
Synthèse du portrait territorial
 
La région des Laurentides peut être divisée en trois parties : les basses, le coeur et les hautes Laurentides.

Les basses Laurentides occupent la plaine du Saint-Laurent qui se compose des meilleurs sols pour l’agriculture. La proximité de la région métropolitaine exerce une forte influence sur son développement qui se caractérise par une expansion de l’urbanisation, une croissance importante de sa population, l’accueil de nouvelles entreprises et de nouveaux services, une diversification de son économie et de multiples déplacements interrégionaux de biens et de personnes.

Le coeur des Laurentides connaît actuellement un développement récréotouristique accéléré, particulièrement dans le secteur du mont Tremblant. Les investissements massifs qui y sont réalisés visent à faire de la Station Mont-Tremblant, non seulement une station de ski d’envergure, mais surtout le centre de villégiature le plus prestigieux en Amérique du Nord. Ce développement a des incidences majeures sur l’économie du coeur des Laurentides et de la région qui se traduisent par de multiples projets de construction d’immeubles, de rénovations et d’agrandissement, une diversification des modes d’hébergement et des services, un accroissement important des valeurs immobilières et une clientèle de plus en plus internationale. À ce phénomène s’ajoute celui de l’urbanisation des milieux de villégiature. Le coeur des Laurentides est donc confronté à des défis de taille puisqu’il est à la fois « le grand terrain de jeux des Montréalais », un milieu de plus en plus urbanisé et une destination touristique internationale.

L’industrie forestière demeure une activité économique majeure pour la région et particulièrement pour les collectivités de la MRC d’Antoine-Labelle dans les hautes Laurentides. Ce territoire, reconnu comme MRC ressource, se caractérise par un contexte socio-économique plus difficile que celui du coeur et des basses Laurentides. Toutefois, depuis le début des années 1990, le milieu s’est organisé afin de développer un réseau et un maillage entre les entreprises de sylviculture, celles de première transformation et le milieu de l’éducation. Cette prise en charge par le milieu a favorisé la croissance de ce secteur et la mise en place de conditions favorables à l’émergence d’entreprises de deuxième et de troisième transformation. Cependant, l’industrie forestière est confrontée à diverses difficultés dont la réduction provisoire de 20 % de la possibilité forestière résineuse et la dégradation des forêts feuillues. Dans cette perspective, une démarche Gouvernement-Régions a été entreprise pour soutenir les travailleurs et les communautés, pour dynamiser l’industrie de la transformation du bois et pour diversifier l’économie régionale.

La poussée du récréotourisme vers le nord atteint les hautes Laurentides qui accueillent l’aéroport international de Tremblant, la villégiature traditionnelle (chassée du coeur des Laurentides) et de nouveaux projets récréotouristiques (ex. : le Windigo). Ce phénomène présente l’avantage de diversifier l’économie, mais crée une pression sur l’industrie forestière pour la protection de paysages, la création de bandes boisées et la conservation de sites attrayants ou de milieux particuliers.

La dualité économique de la région, au regard du territoire public (récréotourisme et foresterie), génère donc des défis de gestion de taille, notamment en ce qui concerne la cohabitation des usages dans le coeur et les hautes Laurentides.

Or, la somme des différents droits et statuts accordés à des fins de protection ou d’utilisation sociale et économique sur le territoire public des Laurentides, correspond déjà, toute activité confondue, à une superficie de 31 694 kilomètres carrés. Cette superficie excède celle de la région et représente plus de deux fois celle du domaine de l’État dans les Laurentides (15 019 kilomètres carrés). Cette situation illustre bien la superposition actuelle des utilisations sur le territoire public régional. Elle explique également le défi de cohabitation territorial qui en découle. En ajoutant à ces utilisations les potentiels et les projets susceptibles d’être mis en valeur ou de se réaliser sur le territoire public, il est alors possible de mesurer l’ampleur des défis que présentent la gestion et la mise en valeur de ce territoire.

De plus, comme l’industrie forestière et le récréotourisme s’appuient tous les deux sur le capital naturel de la région, les impacts des interventions de l’un et de l’autre sur le milieu naturel doivent faire l’objet d’une attention particulière afin d’assurer le développement économique régional tout en maintenant la qualité du milieu naturel. Il s’agit là d’un défi de taille étant donné la rapidité des transformations économiques, sociales et environnementales en cours.
 

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